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Voyager quand tu as peur de tout.

  • Photo du rédacteur: Caroline Murray
    Caroline Murray
  • 6 août 2022
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 févr.


Je suis une angoissée. Une vraie de vraie, diagnostiquée pis toute. J'ai vécu tous les symptômes associés à l'anxiété généralisée : sueurs froides, vertiges, étourdissements violents, perte de la notion de réalité, crise de panique. Donc, inévitablement, je me suis mise un jour à stresser que tout ça m'arrive en voyage. Loin de chez moi. Avec des millions de personnes que je ne connais pas. Haaaaaa!


Le pire dans tout ça, c'est que j'aime beaucoup la spontanéité. On m'a déjà fait une surprise pour ma fête et j'avais exactement une heure pour me préparer parce qu'on partait à Boston. C'est un de mes plus beaux cadeaux. MAIS. C'était une destination qui ne me faisait pas peur. J'y étais déjà allée. J'avais un visuel clair de la ville et je savais que je m'y sentais très bien et surtout, en sécurité. Je ne sais pas quelle aurait été ma réaction si on m'avait annoncé que je partais pour le Nicaragua en sac à dos, mettons.


J'aime explorer de nouveaux endroits, aller manger dans des restaurants différents, voir des paysages qui me déstabilisent. Je trippe à découvrir des choses qui sont si loin de ma réalité. J'aime parler aux gens, pratiquer mon anglais, mon espagnol même, voir leur mode de vie.


Mais je me rends compte que pour me sentir vraiment en confiance en voyage, il doit toujours y avoir quelques éléments qui me sont déjà familiers. Par exemple, ça ne me stresse pas d'aller dans un nouveau pays en forfait tout inclus. Je connais déjà le fonctionnement des resorts et de tout ce qui entoure le voyage en tant que tel. Je sais que je prendrai l'avion à telle heure sans escale, que j'aurai des documents à remplir, qu'en arrivant, un représentant m'attendra avec mon nom sur sa feuille, qu'une navette me transportera du point A au point B. Donc, même si je n'ai jamais vu la ville ou l'hôtel, je suis zen.


Même chose quand je pars en roadtrip aux États-Unis dans le coin de la côte est. On prend la voiture, on passe les douanes, on roule, on arrête partout pour découvrir des choses drôles ou des spots bizarres, et on arrive dans un hôtel de type américain. On visite une nouvelle grande ville, un stade, des restaurants et des attractions que je ne connais pas, mais ça reste dans le domaine du connu parce que c'est du pareil au même dans ces coins-là. Tout se ressemble et il n'y a rien de trop déstabilisant. Ça ressemble pas mal à chez nous.


C'est donc cette "limite" que je finis toujours par rechercher sans m'en rendre compte. Je voyage avec des gens que je côtoie depuis longtemps. Je vais dans des styles de destinations qui se ressemblent. Je ne sors pas beaucoup de ma zone de confort. Cette fameuse zone qui me fait sentir si bien, mais qui me garde constamment dans les mêmes horizons. Moi qui adore voir de la nouveauté et sortir de la routine, je finis toujours par être un peu déçue.


Pas déçue de mes voyages, non. Pour vrai, je n'ai jamais regretté mes choix de vacances. Plutôt déçue de moi-même, de ne pas avoir été capable de rester sur une première idée de dépaysement. Comme booker le Costa Rica en famille pour finir par avoir peur de regretter et changer à la dernière minute pour le Mexique. Pourtant, je rêvais depuis des années de visiter le Costa Rica! C'est quoi mon problème?!?


Quand je pense à partir à l'aventure, je me trouve des défaites : c'est plus cher qu'un tout inclus, je ne saurai pas quoi faire là-bas comme activités, s'il m'arrive quelque chose je ne saurai pas où aller, si y a des serpents je ne pourrai pas me défendre. Bon, j'exagère à peine sur le dernier point, mais reste que ce sont les tourments dans ma tête qui apparaissent chaque fois.


Pis là ma petite voix me dit que j'ai pas rapport. Que je devrais oser. Que d'autres, beaucoup d'autres, l'ont fait avant moi et ils ne sont pas morts ou traumatisés. Que j'ai tellement de choses à voir. Que la vie est trop courte pour toujours penser au pire.


C'est ça l'anxiété. Ça te remet sans cesse sur le nez cette dualité entre "je suis capable" et "pourquoi j'irais me mettre tout ce stress volontairement".


Un de mes buts dans la vie, c'est d'arriver à me sentir enfin assez en confiance avec moi-même pour réserver un séjour toute seule, comme une grande. Hey boy. Passer outre mon angoisse et ma tendance à tout empirer dans ma tête pour aller profiter d'un moment en tête-à-tête avec moi-même. Choisir ce que je vais manger. Décider des activités que j'ai envie de faire. Prendre des risques (calculés) et oser sortir de mes maudits sentiers battus.


Je dis pas que je veux aller toute seule dans la jungle amazonienne faire un périple ésotérique et dormir dehors sans penser au lendemain. Faut pas non plus exagérer sur ce que mon pauvre cerveau peut endurer comme sortie de zone de confort. Mais tsé, juste y aller avec mon feeling et partir dans un endroit qui me permettrait de voir autre chose et d'être bien. Juste bien. Toute seule.


Mais je n'ai pas encore osé faire le pas. J'ai peur d'avoir peur, tsé veut dire.


Stupide anxiété, je te maudis. Tu sers à rien. En fait, tu as sûrement une utilité quelconque, mais tu nuis à mon bonheur de voyageuse.


Qu'à cela ne tienne, je sais qu'un jour, je t'aurai dans le détour.

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