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Les imprévus.

  • Photo du rédacteur: Caroline Murray
    Caroline Murray
  • 31 janv.
  • 5 min de lecture

Voyager, c’est d’abord une idée. Un rêve.


Parfois, ça reste au stade du projet. Peu importe la raison, on remet à plus tard ou on oublie tout ça pour toujours. L’argent, le temps, la maladie, le travail, bref le timing n’est tout simplement pas au rendez-vous.


Mais souvent, on commence à concrétiser nos fantasmes de vacances.


On fouille les sites Internet ou les groupes Facebook, on parle avec des proches qui ont déjà voyagé. On se fait un plan plus clair de ce qu’on recherche : destination, style de voyage, dates, activités, budget, compagnons d’aventure.


On amorce officiellement les démarches.


“Bonjour Mme la conseillère, je voudrais un voyage pour tel endroit, tel type de séjour, du 27 de tel mois au 3 de tel autre mois, on veut faire telle excursion, on a un budget de xxxx $, et nous serions x adultes et x enfants.”


Et là, ça part.


La conseillère nous offre des suggestions. Y en a qui nous interpellent, y en a qui ne nous intéressent pas pantoute. On fouine, on lit, on jase.


À force de communiquer avec la conseillère, on tombe sur quelque chose qui fait jaillir un petit je-ne-sais-quoi en dedans de nous. On commence à voir le portrait se dessiner. On devient excité. On a vraiment envie que ça fonctionne.


Tout est aligné pour aller de l’avant. Mercure, l’Univers, le fameux timing.


On réserve les billets d’avion. L’hôtel. La voiture. Les visites.


On est sur un nuage. Les yeux plein d’eau, on se dit : “Enfin, on va les avoir, ces moments de qualité que nous avons tant souhaités.”


Puis, plus le temps approche, plus le stress nous gagne. “Et si je n’avais pas choisi le bon hôtel, et si la température n’était pas de notre côté, et si on se faisait avoir avec la voiture, et si…”


Finalement, on se fait asséner le coup de grâce de la désillusion en se mettant à lire les commentaires sur les plateformes en ligne dédiées au monde du voyage.


Parmi les avis laissés par les gens, sans trop savoir pourquoi, on élimine d’emblée tout ce qui est positif pour se laisser aller dans la prise de connaissance de tous les éléments catastrophiques en lien avec les composantes de notre future escapade.


“Pire endroit sur la Terre!”


“Je n’ai jamais vu une compagnie aussi broche à foin!”


“N'allez pas à cet hôtel, c’est infecte, y a des excréments de singe partout!”


“Notre avion a eu 1h30 de retard et les sièges étaient vraiment inconfortables, c’est épouvantable de faire ça à des humains!”


Et l’entourage qui se met de la partie.


“Matante Gilberte a une amie qui connait une fille qui a une soeur qui est allée dans ce pays et elle est revenue avec des pustules qui coulent sur ses jambes et ça n’a jamais guéri et il parait que les femmes de chambre faisaient exprès pour lancer des bibittes sous les couvertures.”


“Mon voisin a déjà entendu quelqu’un parler de ce type d’appareil qui s’écrase une fois sur deux au-dessus de l’Océan ou qui prend feu chaque fois qu’il fait plus de 2 h de route aérienne.”


“La collègue de mon mari a déjà été voir des chutes et elle a glissé et s’est cassé le pied, donc elle n’a pas pu profiter du reste de ses vacances et n’a pas été remboursée par la compagnie, qui n’a pas voulu écouter ses explications par rapport au fait qu’elle n’avait pas pris d’assurances parce que personne lui avait mentionné qu’elle devait en avoir pour voyager.”


Notre beau projet devient source d’angoisse. On n’a même plus envie d’y aller…



Voyager, c’est aussi vivre avec l’inconnu. On essaie de planifier comme il faut, mais certains éléments demeurent hors du contrôle de tous les protagonistes impliqués.


Personne n’aurait pu prévoir que la mer allait être agitée toute la semaine. Que le resto du coin manquerait de pâte à pizza. Qu’une agente de bord s’évanouirait juste avant le décollage. Que le guide francophone ne serait finalement pas disponible la journée de l’excursion. Qu’une plus grande quantité de pluie tomberait donc que les routes ne seraient pas praticables pendant toute une journée. Que les chameaux se casseraient une patte. Que la chambre donnerait sur les égouts plutôt que sur le jardin. Qu’un des enfants tomberait malade après avoir trop mangé de crème glacée. Que deux trains porteraient le même numéro, mais que la destination serait différente selon l’heure où tu embarques dedans. Que le piment rouge en dessin sur le menu pour indiquer le niveau de piquant d’un plat serait trop petit et donc presque invisible. Que la randonnée prévue serait finalement plus tof que ce qui était indiqué dans la brochure, surtout en gougounes. Qu’une parade aurait lieu dans les rues de la ville, fermant ainsi tout le quadrilatère où est situé l’hôtel et faisant un boucan d’enfer. Que la piscine principale fermerait pendant 2 jours car quelqu’un a fait ses besoins dedans.


On peut essayer d’éviter les mauvaises surprises en se renseignant comme il faut avant de faire des choix. Mais voyager, c’est surtout partir à l’aventure et se laisser porter par l’ambiance, les rencontres, les paysages, les découvertes. Il faut accepter qu’on devra s’ajuster au fur et à mesure, se familiariser avec les facteurs externes, se conformer au rythme de notre corps, trouver son équilibre et celui des autres avec qui on partage le périple et ses multiples péripéties.


Après, ça devient des souvenirs, des précédents, une connaissance de soi, des apprentissages sur nos valeurs. À très petite échelle, ça indique aussi si on est fait pour ce type de voyage. Si on apprécie la compagnie des personnes qui nous accompagnent. Si on est assez tolérant au risque.


Peu de temps après le retour, quand tout est enfin revenu à la normale, que le lavage est fait et qu’on recommence nos tâches quotidiennes, on se surprend à sourire en repensant aux expériences inopinées du voyage. La poussière est retombée. Le négatif laisse place à des anecdotes qu’on a hâte de raconter.


La coquerelle dans la chambre en revenant de veiller le soir. L’eau qui entre par le balcon pendant un orage électrique. Le transfert privé payé d’avance qui ne vient jamais vous chercher. Le bébé qui a pleuré pendant toute la durée du vol. La nuit passée à dormir dans la salle d’allaitement à l’aéroport. Le bagage dans lequel il manque un parfum, mais où on retrouve un paquet de chips qui ne nous a jamais appartenu.


Personne n’apprécie ces événements sur le coup, mais il faut réussir à se raisonner et accepter que nous n’y sommes pour rien. Je vous le répète : personne n’aurait pu prévoir tout ça. Ni vous, ni la conseillère en voyages…



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