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Comment je suis devenue conseillère en voyages à temps [plus que] plein.

  • Photo du rédacteur: Caroline Murray
    Caroline Murray
  • 12 avr.
  • 5 min de lecture

J'ai envie de vous raconter comment je me suis retrouvée, un peu par hasard, à pratiquer le plus beau (mais le plus fou) métier du monde : conseillère en voyages.


2018. Je me cherche une identité professionnelle. J'ai 37 ans et je ne sais pas encore ce que je veux faire quand je vais être grande. Je prends des contrats d'adjointe administrative/secrétaire/coordonnatrice/toutes autres tâches connexes, parce que je suis bonne en français et que j'apprends vite. De plus, je suis ponctuelle et je me débrouille avec plusieurs types de documents sur un ordinateur. Je ne déteste pas ce que je fais, mais ça ne me nourrit pas beaucoup. Je m'emmerde rapidement, comme le démontre mon pitch de vente générique sur ma lettre de présentation, illustré plus haut dans ce paragraphe à titre de comparaison humoristique.


J'ai eu quelques déceptions dans les dernières années. Je ne me suis pas beaucoup sentie à ma place, ou je n'ai jamais réussi à me faire assez confiance pour gravir les échelons. J'ai dû quitter un poste de manière abrupte et ça m'a beaucoup refroidie sur ma future implication dans une entreprise. Je ne savais pas à ce moment-là que c'était aussi dû au fait que je n'incarnais pas viscéralement mes emplois parce que finalement, toutes ces jobs ne me ressemblaient pas.


Bref, alors que je suis au top de mes questionnements sur mon avenir, mes finances, mes rêves, mes aspirations, ma vision floue d'une carrière intéressante, une occasion se présente sur les réseaux sociaux : "Je cherche des conseillers en voyages, formation payée, pas besoin d'expérience."


Avec quelques craintes, pas beaucoup d'espoir, mais rien à perdre, je décide de faire le premier pas et de tenter ma "chance" en me disant qu'au pire, j'allais me retrouver des contrats d'adjointe et continuer ce que je faisais depuis quelques temps.


Rapidement, j'ai pogné la piqûre du domaine. Assez vite, mon boss m'a confié des tâches d'adjointe puisque j'avais l'expérience pour le faire. Je me sentais imposteur dans le domaine du voyage, n'ayant pas d'études là-dedans, et croyant que tout le monde en savait plus que moi et me jugerait à cause de mon manque de connaissances. Mais sans le réaliser, il m'a offert les outils pour passer à travers ce syndrome et aller chercher le nécessaire pour devenir une vraie conseillère.


J'ai commencé à comprendre les logiciels. J'ai fait toutes les formations qui existaient pour mieux comprendre la mécanique de chaque volet de toute cette sphère pour laquelle je développais un début de passion. Je n'ai pas osé poser beaucoup de questions au boss pour ne pas avoir l'air niaiseuse ou débutante (!!!), donc j'ai appelé et rappelé et re-rappelé les fournisseurs et les compagnies pour savoir quoi faire dans chaque situation.


J'avais déjà la débrouillardise en moi, mais je ne savais pas à quel point ça me servirait pour avancer sur le chemin de mon nouveau secteur d'emploi.


Pour la première fois de ma vie, j'avais l'impression d'être au bon endroit au bon moment. Je travaillais beaucoup sans jamais être tannée. Faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de routine, dans ce domaine.


Je commençais à vendre de plus en plus de voyages, tout en continuant de prêter main forte avec les tâches administratives de l'agence. Le temps partiel se transformait en temps très plein et ça me plaisait beaucoup.


En simultané, j'avais signé un contrat de 2 ans comme secrétaire, pour lequel je n'avais plus beaucoup d'intérêt. Heureusement, ça achevait... J'adorais mon équipe de travail à cet endroit, mais les mandats ne me stimulaient pas tellement. Je savais que je ne finirais pas ma vie professionnelle là-bas. Quand le directeur m'a offert le poste permanent de secrétaire, j'ai tout de suite décliné.


J'ai été soulagée d'avoir enfin la liberté de me plonger à 100 % dans mon nouveau métier. Oui, de l'autre côté, j'aurais eu une stabilité, un fonds de pension, des avantages sociaux. Mais n'en déplaise à mon cher papa qui n'y a pas tout de suite cru, j'ai préféré écouter mes trippes et foncer tête première dans ce nouveau chapitre de ma vie.


Geste que je n'ai jamais regretté.


Même quand est arrivé la soudaine et effrayante pandémie.


2020. L'année où j'ai tout appris. Celle où j'ai sacré, pleuré, été par moments un peu découragée. Mais celle où je me suis le plus botté le derrière. Celle où j'ai compris le pouvoir d'une équipe. On a fait ce qu'on a pu avec ce qu'on avait et force est d'admettre que même cet épisode où on annulait les voyages un après l'autre sans jamais avoir le temps de souffler, je ne l'effacerais pas de mon histoire. On perdait peut-être des centaines de milliers de dollars à l'agence (et pas mal de sous dans nos propres poches), mais on a appris à se virer de bord, à communiquer, à travailler dans des conditions qui nous ont poussés à chercher des solutions. Et on en a trouvées. Beaucoup.


On s'est démarqué des autres agences. On a bâti une réputation qui nous suit encore et je suis fière de faire partie de cette machine qui a pris de l'ampleur et qui continue de défoncer des portes là où ça semble presque impossible.


Maintenant, je ne me sens plus imposteur. Je reconnais mes forces, et encore plus mes faiblesses. Ces dernières m'aident beaucoup à garder le focus. Je travaille sur ce qui m'intéresse et je délègue ce qui ne me rejoins pas.


Je n'ai pas beaucoup de sécurité d'emploi, mais j'ai de la latitude et de l'ambition. Je travaille de la maison, presque toujours en pyjama (chuuuuut), et je réponds à mes clients avec le sourire aux lèvres entre deux brassées. J'écoute des webinaires pendant que mes enfants font leurs devoirs et que le souper mijote sur le feu. Ça arrive que j'aie des urgences et que le repas du soir se transforme en bol de céréales chacun de son bord. Mais si une de mes filles m'appelle pour aller la chercher parce qu'elle est malade, je suis toujours disponible.


Des fois, j'en fais trop. Des fois, ça marche pas pantoute comme je voudrais. Souvent, il faudrait que je me sépare en quatre pour pouvoir tout gérer comme il faut. Entre le travail et la vie personnelle, j'ai ben de la misère à tracer une vraie ligne pour prendre un break franc de l'un ou de l'autre. Je me sens souvent un peu partout à la fois, ça m'étourdit, mais je trouve toujours les bons repères pour me ramener sur le droit chemin.


Je suis super bien entourée. Mes proches comprennent que je suis jamais ben ben loin de mon téléphone, de mes collègues et de mes clients. J'ai appris à doser, quand même. Maintenant, quand je pars en vacances avec mes amies, mon chum ou mes enfants, je n'apporte plus mon ordi. Je suis capable de prendre un congé un soir de semaine pour profiter de ma "vraie vie" et aller voir mon monde. Mais quand je pense au retour au travail du lendemain matin, je ne suis jamais amère. Au contraire.


On est dimanche soir, il est 21 h 45 et je suis en train d'encenser ma vie professionnelle sur un blogue de voyage que j'ai démarré par pure passion. Je pense que ça en dit long sur ce choix de vie qui s'est manifesté par hasard un soir, quelque part en 2018...

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